Être frigoriste au temps du COVID

image
Publié le 4 mars 2021
image

Frigoriste au temps du COVID

Nicolas Hubert est membre du Comité de l’ASF et directeur d’une société active dans le domaine de la réfrigération, il partage son expérience et son analyse de l’année 2020. Selon lui, celles à venir sont très importantes.

Il a répondu aux questions de Jean Gouget, rédacteur de la newsletter de l'ASF et directeur d'agence chez Kaeltefischer.ch

Frigoriste au temps du COVID

Propos recueillis par Jean Gouget

JG: En premier lieu, comment allez-vous ?

NH: Je vais bien, merci. Je trouve que cette question est prépondérante dans la période actuelle car il faut se rapprocher des autres et se préoccuper de son prochain qui ne vit pas la situation de la même manière. Cette crise, nous a certainement appris à nous préoccuper d’abord de l’autre avant de lui proposer ses services et c’est une belle évolution. Avant la crise, combien de fois rencontrions-nous des gens qui ne disaient même pas « bonjour » avant de transmettre leurs doléances. Se soucier de l’autre est une valeur qui est réapparue et je m’en réjouis.
Sur le plan professionnel, nous allons tous bien et n’avons eu aucun malade lié au Covid dans nos rangs. Cela montre que nos collaborateurs ont pris conscience de l’importance de se protéger eux-mêmes ainsi que nos clients. Je trouve cela respectable même s’il faut considérer la variante de chance.

JG: Nous venons de passer une année rythmée par le Covid et les mesures prises par la Confédération. Pour tenter d’enrayer celle-ci. Votre activité professionnelle a-t-elle (est-elle encore) directement touchée par les fermetures imposées de certains établissements (restaurants, bars, commerces, culture, etc.)?

NH: Il serait mensonger de dire que la situation n’a eu aucun impact sur notre activité. Lorsque vous travaillez dans le froid commercial, de nombreux secteurs de notre activité ont été touchés par les décisions des autorités. Que ce soient les restrictions de fréquentation ou les fermetures, chacune des décisions imposées a eu un impact sur notre quotidien. La gastronomie et le commerce sont le cœur du froid commercial, si celui-ci bat moins rapidement, nous en subissons les conséquences. Avec des mesures mises à jour chaque semaine, nos interlocuteurs ont toujours de la peine à se projeter dans l’avenir sans perspective de revenus. Nous nous sommes adaptés rapidement aux domaines qui étaient dans l’urgence de la crise et en attente de nos services pour surmonter celle-ci. Les dépannages SAV sont restés constants puisque même si les établissements sont fermés, il faut maintenir une partie liée au froid malgré les portes closes.

JG: Avez-vous mis en place le télétravail pour les postes administratifs (comptabilité, secrétariat, bureau d’étude, etc.)?

Pour Frigo-Clinique, pendant la première vague en mars 2020, nous avons mis en place un plan d’urgence qui concernait l’ensemble des collaborateurs. Nous avions gardé une personne physiquement présente pour répondre aux demandes et tout le reste de l’administration était en télétravail. En tant qu’ entreprise genevoise, nous avons recours à du personnel frontalier, or les frontières étaient complément fermées. Il a donc fallu prévoir une stratégie de présence sur le terrain de nos techniciens afin que l’ensemble ne doive pas passer les contrôles douaniers peu scrupuleux et gagner en réactivité. Dans cette situation, nous avons pris conscience, rapidement, que le lien social entre nos collaborateurs était primordial et par conséquent que nous devions mettre notre priorité sur l’humain et son ressenti. C’est pour cette raison que même à distance, la direction était présente physiquement dans les locaux, chaque jour, pour apporter un soutien aux équipes pour qu’elles puissent se décharger du trop-plein émotionnel. Après la première vague, nous avons tenté d’éviter au maximum de distancer nos collaborateurs.

JG: Considérez-vous que les autorités (Fédérales et Cantonales) aient bien accompagné les mesures de confinement imposées ? Écoute, aides, formulaires faciles à remplir, rapidité de versement des aides financières, RHT, etc.

NH: Savoir si les autorités ont fait « juste » ou « faux » est compliqué car chacun appréhende la chose différemment selon ses implications.
Il y a eu des donneurs de leçon, des complotistes, qui, à mon avis, vont rapidement disparaître. Certains avaient le don, c’est vrai, de distiller l’information tel un poison. Mais il y avait aussi des personnes avec une connaissance du domaine qui tentaient de remettre de l’ordre dans cette multitude d’informations bombardées par les médias. Durant cette période, je me suis efforcé de n’être qu’un témoin de la situation et de transmettre les informations qui me semblaient judicieuses afin d’offrir un socle solide aux réflexions de chacun. J’ose espérer, au plus profond de moi, que cela ouvrira l’esprit d’analyse chez tout un chacun. J’ai eu quelques coups de gueule sur les réseaux sociaux parce que certaines inepties m’ont dressé les cheveux sur la tête et que je devais décharger un trop plein émotionnel. Mais j’essaye toujours de me mettre à la place de nos instances. Je pense que celles-ci ont été plongées dans une situation de crise inédite pour elles. Je trouve donc que cette crise a été gérée avec une grande humilité par nos dirigeants, à l’inverse de nos voisins européens.

Mais nous pouvons être quand même rassurés de notre système puisque nous avons eu des masques en suffisance, le système hospitalier à la limite de l’implosion a passablement bien surmonté la crise grâce au don de soi du personnel sanitaire, les vaccins ont été commandés en suffisance et nous avons même pu aider nos voisins lors de la première vague. La Suisse a réussi à faire face à la crise de manière différente de ses voisins et je pense que cela a épargné certains désagréments face à des restrictions trop lourdes et brutales. Je rappelle que nous n’avons vécu que des semis-confinements à l’inverse d’autres pays qui ont paralysé la totalité de leurs activités.

Sur le volet financier, de mon point de vue, les aides n’ont pas été suffisamment à la hauteur de nos réserves et de la crise. Un grand pourcentage de sociétés ne s’en relèveront pas. C’est valorisant d’être dans les premiers rangs des pays les moins endettés mais si cela se fait au détriment de ceux qui composent la nation, je trouve cela un peu décalé.

JG: Comment voyez-vous l’avenir immédiat et à long terme pour notre profession ? Les gestes barrières imposés (nettoyage des mains, ports du masque, limitation du nombre de personnes sur une certaine surface) sont-ils bien acceptés et compris par votre personnel et vos clients?

NH: Les gestes barrière ont été très bien suivis par nos employés puisque nous n’avons eu aucun cas dans notre société. Au départ, ils étaient sceptiques à l’idée de travailler toute la journée avec les masques. Ce sont les chiffres d’évolutions de cas qui les ont fait prendre conscience du besoin de protéger leur santé. Pour l’hygiène des mains, cela n’est pas une nouveauté dans notre société car c’est une démarche importante. Même pour la grippe ou les maladies hivernales, une bonne hygiène des mains limiterait une bonne part d’absentéisme dans nos entreprises. Ce que je déplore, c’est que certains ont joué le jeu pour respecter les consignes mais d’autres, par souci de rendement ou de délai de rendu de chantier, ne se sont pas sentis concernés et cela a donné des situations ubuesques. Pour le côté chaleureux, pour ma part, je reviendrai à une bonne poignée de mains dès que je le pourrai car le côté tactile de ce geste permet de créer des liens et de sentir la crédibilité de nos relations.

JG: Cette distanciation physique entre les personnes est-elle, selon vous, un frein puissant à la pratique commerciale de notre métier ?

NH: Il est sûr que la distanciation physique modifie les relations commerciales mais je ne pense pas que cela en soit un frein. C’est évident que pour tous ceux qui misaient sur les affaires via un bon repas ou une tape dans le dos, le contact est un peu laborieux. Les cadeaux comme les voyages à titre de « carotte commerciale » ne sont aujourd’hui plus possible. Ma vision à moi c’est plutôt de l’échange avec le client et surtout de l’empathie. Aujourd’hui, les cartes sont un peu redistribuées commercialement car le client se base davantage sur la relation et la confiance. Il a besoin qu’on lui propose de l’originalité, de l’expérience et une vraie relation de partenariat. En discutant avec un partenaire, on arrive toujours à trouver une direction similaire qui convient aux deux parties. Les devis contre-offres à outrance entre professionnels du froid m’intéressent moins. Je préfère amener une expertise dans les domaines de compétences de notre société. Et cela sort de mes compétences, je préfère rediriger le client vers quelqu’un de plus à même de lui répondre.

JG: En supposant que d’ici juin 2021, les vaccins permettent une reprise de l’activité professionnelle « normale » pensez-vous que cette pandémie modifiera de manière durable les rapports entre les divers protagonistes du monde professionnel et dans quelles mesures ?

NH: Au niveau des opportunités pour l’avenir après la pandémie, j’aimerais qu’on parle plus de passion quitte à devoir se réinventer. Il est évident que la crise a laissé pour beaucoup l’envie de respirer un peu et de se remettre en question sur ses envies et ses développements personnels. Je suis persuadé que celui qui redémarre son activité de la même manière qu’avant la crise ne pourra rivaliser avec ceux qui ont pris le temps de réfléchir et ont cherché des solutions pour permettre à leur société de vivre mieux en misant plus sur l’humain.

JG: Votre réflexion personnelle sur l’année écoulée et celle à venir …

NH: Je pense que nous ne sommes pas sortis de la crise sanitaire et que nous ne sommes pas encore rentrés réellement dans la crise économique.

Je reste malgré tout confiant sur la capacité de notre société à s’adapter et me réjouis des nouveaux défis lancés par cette évolution. Dans notre domaine je ferai tout mon possible pour que la branche du froid soit reconnue à sa juste valeur et comme les professions de l’ombre mais de première nécessité en toutes circonstances, aujourd’hui, mais aussi demain. Tous les acteurs de l’ASF doivent faire front ensemble pour faire reconnaître nos métiers et nos valeurs que nous démontrons chaque jour dans nos activités respectives. C’est ensemble que nous relèverons les défis, pas en ordre dispersé.

Association Suisse du Froid
Section romande
Route du Lac 2
1094 Paudex
Case postale 1215
1001 Lausanne
+41 58 796 33 95
Plus en détail

Centre de formation ASF
Centre New Adoc
Croix-du-Péage 1
1029 Villars-Ste-Croix
+41 58 796 33 95
Plus en détail

Association Suisse du Froid Section romande, Route du Lac 2, 1094 Paudex, +41 58 796 33 95 du lundi au vendredi de 8h00-12h00 et 14h00-17h00

WebForgeDesign par inforweb